Le mois d’or : ce que j’aurais eu besoin de vivre

On parle du postnatal, mais trop rarement du mois d’or.

Dans de nombreuses cultures, cette période est considérée comme sacrée.

Quarante jours où la mère est entourée, nourrie, massée, écoutée.
Quarante jours où son seul rôle est de se reposer, de tisser le lien avec son bébé et de se déposer dans cette nouvelle identité qui naît en elle.

En Chine, on parle de « s’asseoir pendant un mois ».
Au Mexique, on observe une quarantaine de jours de retrait et de soins.

L’idée reste la même : protéger la santé physique, émotionnelle et spirituelle de la mère.

Et moi ?

Je n’ai pas connu ce mois d’or.

Ce que j’ai traversé

Je suis maman de deux grands enfants et, après mes accouchements, j’ai vite compris que mon “village” n’était pas là.

Tant que mon bébé allait bien, on supposait que moi aussi, j’allais bien.

J’étais en congé parental, alors, de l’extérieur, tout semblait parfait.

Mais à l’intérieur, j’étais dévastée.

Je marchais vers l’inconnu, sans repères, sans espace pour déposer mes émotions. Je me sentais isolée, obligée de sourire, de montrer que je gérais.

Il n’y a pas eu de plats chauds déposés devant ma porte, pas de bras pour me relever, pas de temps offert pour me reposer.

Il n’y a pas eu ce cercle protecteur dont j’aurais eu tant besoin.

Et plus tard, au retour au travail, la culpabilité et le tiraillement m’ont encore plus fragilisée.

Être une bonne mère, être une bonne employée… je me sentais écartelée, toujours en train de faire bonne figure.

J’ai dû laisser mes états d’âme de côté, comme si je n’avais pas le droit de les exprimer.

Ce que le mois d’or aurait changé

Si j’avais eu un mois d’or, j’aurais été reconnue dans ma vulnérabilité.

On m’aurait permis de ralentir, d’honorer ma transformation, de m’ancrer doucement auprès de mes enfants.

On m’aurait rappelé que l’on ne naît pas mère, mais qu’on le devient.

J’aurais pu déposer mes peurs et mes larmes sans culpabilité.

J’aurais pu me sentir soutenue, valorisée, célébrée dans ce passage que je traversais.

Ce que j’offre aujourd’hui

C’est ce manque qui m’a poussée à devenir doula.

Parce que je ne veux plus que d’autres femmes aient à traverser cette étape dans le silence et l’isolement.

Aujourd’hui, j’accompagne les femmes à vivre leur propre mois d’or, à leur manière.

Je les aide à apprivoiser l’anxiété prénatale, à déposer l’anxiété postnatale, à trouver leur équilibre au moment du retour au travail.

Je leur rappelle qu’elles ont le droit d’être écoutées, entourées, respectées dans ce passage qui bouleverse toute leur vie.

Mon rôle, c’est de leur offrir l’espace que j’aurais tant aimé avoir.

Un espace où elles peuvent être vulnérables sans se sentir jugées.
Un espace où elles sont au centre, parce qu’elles sont le cœur de cette transformation.

Recréer le village

Le mois d’or n’est pas une mode.

C’est une sagesse ancienne, universelle.

Et pourtant, jamais les mères n’ont eu autant besoin qu’aujourd’hui d’être entourées.

Je rêve d’un monde où chaque mère puisse vivre ce mois d’or.

Un monde où le village se recrée autour d’elle.

Parce qu’aucune femme qui devient mère ne devrait marcher seule dans l’inconnu.

MymiDoula

Myriam Barbet

Accompagnatrice en périnatalité, Naturothérapeute, membre de l’ANQ

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De femme à mère, la métamorphose s’invite sur tous les plans.